Au lecteur.
Parce que mes réactions et réflexions appellent d'autres réactions et d'autres réflexions, tous les commentaires sont les bienvenus.
Jean-Louis PIERA
CARNETS D'INTERNETEst-ce que « parce que nous assistons à l’effritement du salariat, il est urgent de reconnaître que le travail constitue désormais une question politique majeure pour le devenir de nos sociétés » ?
Et au-delà, est-il vraiment opportun de « combattre la précarisation du travail » ?
Et pourquoi ne pas aller voir un peu du côté de la Théorie de la Motivation et des Besoins née d’un article fondateur publié en 1943 par Abraham Maslow puisqu’avant d’orienter sa réflexion dans
les années 1950 sur le versant de la motivation, Maslow a beaucoup travaillé dans les années 1940 sur le sentiment d’insécurité. Mais cette théorie a été tellement controversée et tellement
réduite à la fameuse pyramide des chantres du management qu’il serait peut-être utile de l’élargir à la notion d’Eupsychie, un de ses concepts tardifs et moins connus que Maslow a accouché dans
ses « Summer Notes » de 1962 qu’il définit lui-même comme un « échantillon du genre de psychologie sociale que j’ai essayé de mener » ?
En fait, Maslow voyait dans son Eupsychie à la fois un état social, celle d’une culture autarcique composée d’individus ayant atteint la réalisation de soi, à la fois une dynamique d’actions entreprises pour « avancer vers la santé psychologique » et à la fois une limite idéale c’est-à-dire « les buts d’une thérapie, de l’éducation ou du travail par exemple ».
Ce qui est intéressant c’est qu’il a assis cette réflexion à partir de l’observation en candide du fonctionnement d’une usine californienne prospère à laquelle l’avait invité son patron pendant quelques mois. Et comme le remarque Maslow : « depuis … elle a dû subir une réduction de la demande pour ses produits ainsi qu’une concurrence croissante pour ce marché en contraction … L’extrapolation théorique intéressante pour une organisation serait de s’attendre à ce qu’elle aussi soit capable de la flexibilité de passer de l’efficacité de “beau temps” à l’efficacité de “mauvais temps” selon que les circonstances l’exigent. Il me semble que c’est précisément ce qui s’est produit … ». En d’autres termes, Maslow affirmait que l’Eupsychie loin d’être une utopie était un concept observé et opérationnel.
Le travail aurait donc en soi une limite idéale, une eupsychie qui devrait permettre à celui qui l’exerce d’assurer ses besoins physiologiques dans un cadre sécurisé en satisfaisant des besoins d’appartenance à un groupe, d’estime et de réalisation de soi ; pas l’un après l’autre comme les grades d’une initiation ou le marchandage d’un compromis bizarre mais tous ensemble. C’est réellement les clauses indissociables et non négociables d’un contrat social que poserait cette eupsychie. Et donc pour Maslow, si ces clauses étaient respectées, le contrat social pourrait être efficace même par mauvais temps.
Après tout on peut bien ricaner d’un psy âgé et touche à tout qui sur le tard avoue qu’il « n’avait auparavant eu aucun contact avec la psychologie industrielle ou managériale » et qui prétend faire d’une limite idéale un concept opérationnel … d’autant qu’il installe ses eupsychiens (si, si …) « sur une île isolée où ils ne souffriraient pas d’interférences »… C’est fait.
Et une fois qu’on aurait bien ricané, si chacun passait son propre travail et l’organisation sociale du travail dans nos économies modernes (salarié ou pas) à la moulinette de l’eupsychie ?
A qui appartient le travail ? A celui qui l’exerce ? A celui qui l’achète ? Et qu’achète-t-il ? Et pourquoi l’achète-t-il ? Le travail a-t-il vraiment un prix ?
Que celui qui n’a jamais rêvé de la possibilité d’une île jette la première pierre à ce vieil Abraham.
Et d’aucuns pourraient peut-être alors ricaner de ceux qui pourfendent la moderne précarisation du travail et même de ceux qui veulent en faire une question politique majeure pour l’avenir de nos
sociétés … 40 ans après la mort de Maslow.
Que voulez-vous ma pauvre dame, on a les ovnis et les commémorations qu’on peut …
Publié le 10 Février 2009 à la suite de l'article "Le travail, une nouvelle question politique " de Jean-Louis LAVILLE sur le site http://alternatives-economiques.fr/blogs/laville/2009/01/23/le-travail-une-nouvelle-question-politique/#more-15
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